lundi 1 juin 2015

23:49

Et puis il y a ce moment hors du temps, comme une apnée forcée d'un millième de seconde, un coup sur la gorge et deux autres sur les tempes, assourdissant et, finalement, délicieux. Ce petit temps où tu comprends enfin pourquoi tu n'écris plus. Celui qui, juste après t'avoir été douloureux te devient merveilleux, et de façon si rapide qu'on pourrait croire que ces deux sensations-là se superposent, se confondent l'une dans l'autre à un endroit plus tout à fait précis. Ce petit temps ne dure qu'un très, très bref instant. Tout d'un coup, il y a cette grosse boule d'énergie qui part de ta gorge, très vite, passe par le ventre pour rebondir au fond du bassin, juste entre le sacrum et le pubis, rebondit donc et retourne se loger là, dans la gorge. Une grosse masse bouillonnante, je crois qu'on peut l'appeler adrénaline. Puis elle se dissout. Tu respires. 
Je ne rencontrais plus d'objets qui me bouleversaient. 
Depuis plusieurs mois, je n'ai été en contact avec aucun objet culturel, humain qui m'ait confrontée à mes limites ; un objet que j'aurais eu du mal à comprendre ; un objet dont la lecture, la rencontre, ou comme vous voudrez, me perde. Et je saisis, maintenant, alors que je viens de faire la rencontre d'un objet de ce genre, que c'est que je me construis. Que c'est ici que je puise le flux d'énergie dont j'ai besoin pour me nourrir, grandir, et écrire -comme l'extension de moi-même, peut-être... Je ne dis pas par là que je n'écrivais plus par manque de sujet à aborder, ni que je n'avais plus d'idées à défendre, de choses à raconter, de livres à présenter, d'oeuvres à partager... Au contraire, même. Je crois que je ne savais plus tout à fait qui j'étais parce que plus tout à fait complète parce que plus jamais secouée, saccagée, et émue.

J'ai découvert Solange te parle sur youtube, cette merveilleuse comédienne et vidéaste qui m'a absorbée par la justesse de ce qu'elle dit, mais surtout par sa vision des choses, du monde. Sa manière passionnante d'aborder la communication entre les gens, de moduler et choisir son élocution, de préférer le signifiant au signifié, la forme du message au message lui-même. Et l'émotion, alors. Tout ceci qui me raccroche au nouveau roman que j'affectionne tant, à la danse, mouvement du corps qui est un véhicule singulier du message, au simple corps lui-même qui en dit long... 

Il se fait tard, et peut-être que je n'écris plus comme il faut et que tu ne vas rien comprendre en me lisant ! Mais il fallait que je te le dise. Même si c'est intime. Depuis le temps qu'on se connait, je peux bien te confier ça. Je ne sais pas si j'écrirai plus souvent, plus densément, plus intensément. Quoi qu'il en soit, je sens qu'en ce moment quelque chose se passe là, dans mon petit corps, dans mon petit coeur, et dans ma petite tête. J'espère que j'en ferai quelque chose de bien pour toi.

Passionnément, 
Lou. 

dimanche 19 avril 2015

festival, anecdotes, féminisme et BD

___Salut mes petits loups,
___Enfin les vacances, yiha ! Je vais profiter d'avoir plus de temps libre pour vous écrire. J'ai pleins de choses à vous raconter ! 
Le week-end dernier, c'était L'Escale du Livre à Bordeaux. Il s'agit d'un festoche littéraire passionnant, dense, aux conférences et performances riches et très, très variées. J'ai d'ailleurs été jury pour son prix, attribué à Mihn Tran Huy pour l'oeuvre Voyageur malgré lui. Ça n'était pas mon coup de coeur, mais nous parlerons romans une autre fois. Le sujet est aujourd'hui autre, je l'affectionne tout autant (vous commencez à le savoir hihihi...) : le féminisme. 

___Dimanche dernier donc, je me rends à une conférence dont l'intitulé me fait saliver d'avance : "les femmes dans l'espace public : une parole censurée ?". Intitulé résolument trop ambitieux, les promesses faites avec ce titre ne sont absolument pas tenues. La médiatrice me semble à côté du sujet, ses questions manquent cruellement de pertinence. Les auditeurs qui se lèvent et quittent la salle en attestent, tristement... Tant pis, je reste jusqu'à la fin. Et pour cause, devinez qui est invité aux coté de la dessinatrice politique Chantal Montellier : THOMAS MATHIEU !!! Le bédéiste féministe si cher à mon coeur, auteur de la brillante BD Les Crocodiles dont je vous parlais dans un article de septembre dernier. Quel plaisir de l'entendre parler, de rencontrer l'homme derrière les dessins, le projet.  

___Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes en novembre, des planches de la BD devaient être exposées à Toulouse. Finalement jugées "vulgaires" et "immorales" par certains représentants de la ville, le projet a été interrompu. Cependant, les histoires de harcèlement et sexisme ordinaire que narre Les Crocodiles ne sont ni plus ni moins que des témoignages. De vraies histoires donc, qui sont arrivées à de vraies femmes, ici, en France. Qu'est-ce qui est alors jugé vulgaire et immorale ? Il n'est pas question de fiction ! On juge alors vulgaires et immorales  les vécus de ces femmes, harcelées ou violées. Quel sens cela a-t-il ?! Exposer Les Crocodiles aurait permis à de nombreuses personnes de réaliser ce qu'il se passe quotidiennement au sein de notre société, cette belle France. Pourquoi censurer ? Pourquoi fermer les yeux, encore ?



___Dimanche dernier, il aurait fallu que vous vous glissiez dans ma peau... Vivre cette journée me conforte dans mon féminisme. Je sais que beaucoup d'entre vous, et surtout les hommes, ne savent pas à quel point la rue est masculine, ne connaissent pas les enjeux pour une femme d'être simplement femme dans la rue. Il n'y a là aucun reproche, sans le vivre il est tout à fait naturel de ne pas le mesurer. Pourtant il faut que cela change et que chaque personne, quel que soit son sexe, en prenne conscience. Ainsi, les choses bougeront et les problèmes du harcèlement, de l'insécurité, ou simplement du sexisme auront des chances d'être réglés, tant est qu'ils puissent l'être un jour... C'est d'ailleurs là tout le défi de Crocodiles et de nombreuses autres oeuvres. C'est pour cela donc que je vais vous faire part de deux anecdotes que j'ai vécues dimanche dernier. Deux anecdotes d'une fille lambda. 
Je suis en vélo, je rentre chez moi. J'arrive alors au niveau d'un quinquagénaire qui porte la panoplie parfaite du cycliste : collants en lycra, casque, lunettes, gourde. Je le double, hâtée d'arriver à bon port. 2 minutes plus tard, le voilà qui me rattrape, me demande si mon vélo est électrique. "Non, pas du tout, pourquoi ?" Je le sens venir gros comme une maison... Petit rire du monsieur, qui m'explique qu'il est vexé. Quoi ? Vexé ? Pourquoi ? Aurait-il été piqué dans son égo si je n'avais pas été une FEMME ? Et il en profite pour me draguer. C'est la meilleure.   
Moins drôle. Je retire de l'argent à un distributeur, écouteurs dans les oreilles. En partant, je vois du coin de l'oeil à une vingtaine de mètres de moi un vieil homme -précisons qu'il était habillé tout à fait convenablement et paraissait absolument sobre- qui me regarde avec insistance, me hèle.  Non, il n'a pas pu dire ça, j'ai mal entendu... Je retire mes écouteurs, il cri. "Eh les ptits cuisseaux, les ptits jambons, t'es bonne !" Je lui réponds en furie qu'il pourrait être mon GRAND PERE, bordel. Et voilà, il me traite de connasse, de salope, il me menace, me cri de me casser. Pourquoi ? Parce que je suis une femme, parce que je porte une jupe ?  
___Je vous écris et j'ai la nausée, les mains tremblantes tant ça m'écœure. Ce que partage avec vous, il n'est pas rare que je le vive. Parlez-en autour de vous, chaque femme aura une histoire similaire à vous raconter, d'autres histoires plus glaçantes encore. Peut-être vous même l'avez déjà vécu !  Une étude du Haut conseil à l'égalité des femmes et des hommes a révélé il y a quelques jours que 100% des femmes avaient déjà été importunées dans les transports en commun (plus par ici). Le problème ne réside pas dans une tenue, une façon de marcher, une façon de parler ou de regarder. Il faut dématerialiser la femme une bonne fois pour toute dans les esprits occidentaux. Le problème réside là, dans l'hyper-sexualisation de la femme par la société. Depuis quelques années, de plus en plus de choses sont faites pour la combattre, les artistes sont les premiers acteurs de cette lutte : ici et ici par exemple. 
___Lecteurs, sensibilisez-vous à cela ! Nous sommes sur la voie du changement, nous devons gagner en civisme. Les pierres de l'édifice se posent une à une, apportez la votre.


Passionnément, 
Lou. 

jeudi 2 avril 2015

what u need

____Mes petites saucisses des iles,  
__Ce matin, entre deux cafés, je vous embarque dans un simple voyage de son et d'image. Voici les morceaux et photos qui m'ont touchée et m'inspirent. Cliquez sur les coeurs pour écouter, sur les images pour les agrandir. N'hésitez pas à y réagir, je vous répondrais volontiers, comme toujours ! J'espère que vous serez touchés, piqués au coeur tout pile là où il faut. 
Passionnément,
Lou 


                         




































samedi 28 mars 2015

Du grand écran à toutes les échelles


__Salut à tous,

__Ce soir, certains iront prendre un verre entre amis, d'autres iront danser jusqu'au petit matin, d'autres encore passeront la nuit avec leurs amants, d'autres vont bosser en vue d'un concours, d'autre travaillerons en vue d'un salaire... et enfin, certains autres resteront chez eux, emmitouflés dans de grosses couvertures, à se plaindre de cette soirée décidement nulle nulle nulle. C'est à vous que je m'adresse ce soir, mes ptits chats des bois, à qui cette soirée de solitude tend les bras. Non, ce soir, vous ne ruminerez pas votre célibat, votre petit bidon ou votre non-réussite professionnelle temporaire. Ce soir, vous allez prendre une claque cinématographique. Ce soir, vous allez voir Mommy de Xavier Dolan.

__Mommy, ce film réalisé par l'extraordinaire Dolan et présenté à Cannes (Prix du jury, au passage...), ce film qui est résolument mon coup de coeur 2014 et au delà même le long métrage number one de mon petit coeur de cinéphile. Il rend compte des liens tissés entre Steve, ado souffrant d'un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, et sa mère, Diane. Expulsé du centre de rééducation dans lequel il avait été placé suite à la mort de son père, le jeune homme retourne vivre auprès de sa mère. Un équilibre, un bonheur précaires se construisent alors autour de cette relation à couper le souffle. Une relation violente à la fois par la force de l'amour qui lit les deux protagonistes mais aussi par la brutalité des gestes, des mots, des crises de colères qui ponctuent ces excès de tendresse. 
Mommy, c'est comme cette vague immense qu'on voyait arriver au loin, gamin, en se baignant dans la mer, cette vague dont on ne prenait pas garde mais qui se cassait finalement juste au dessus de nous, juste pile poil sur nos petites gueules ensablées, cassait un petit quelque chose en nous aussi et nous arrachait au sol, nous emportait avec elle, de l'eau et du sel encore dans le nez et la gorge, brûlant. Voilà, Mommy c'est cette vague. Une vague d'humanité. L'experience qui te rend Homme avec un grand H parce qu'elle te rend tolérent et même amoureux de ces personnes aux vies pas si simples car enfermées dans des corps qui les dépossèdent d'elles-même. L'expérience qui casse parfois un petit quelque chose en toi, et cette rupture qui paradoxalement te rend heureux, l'expérience qui te laisse un petit souvenir douloureux au creu de la gorge. Le sel des larmes qui m'ont noyée durant la totalité du générique, peut-être... Et évidement, plus techniquement, ce voyage au coeur de nos coeur n'est réalisable que grâce au génie Dolan. A la justesse des plans, de la bande-originale à en pleurer, à la justesse du jeu, à la sincérité, à la brutalité des consonances de l'accent canadien (le vrai, celui du fin fond du Canada), à la beauté des couleurs...
Bref, ce soir mon ptit pote, tu ne pleureras pas parce que tu seras seul, non. Tu pleureras parce que tu seras fier d'avoir ressenti tout ça, d'avoir été touché droit au coeur, fier d'être Homme parce que l'humanité est si belle après Mommy. 

__Allez, ça suffit, on range les violons. Je t'ai sauvé une soirée, ok, mais je vais faire encore mieux : je vais t'en sauver DEUX. Mercredi, tu crains de retrouver ta pote Solitude ? Viens avec moi à l'IBoat ! Là aussi, si tu es cinéphile, tu seras servi. Ce seras la session #44 de Kino Session. Kino, c'est une association génialissime qui permet la réalisation de courts métrages (visionables ici). En l'occurrence, mercredi auras lieu la projection d'une vingtaine de courts métrages réalisés par des équipes de l'assos sur le thème du "jeu" ! Parmis eux, ma première réalisation en coopération avec mon Simon Prévost (yip yip yip !), mais aussi un court métrage réalisé par mes talentueuses copines Manon Sultana et Tiphaine Robion dans lequel je joue un des rôles principaux (oui je me la raconte un peu...). C'est ouvert à tous, et ce sera à 20h. Alors viens ! Je t'offrirais une bière 


Affectueusement,
Lou.





mercredi 11 mars 2015

Hérisson, djihadisme, emballage de Vache Qui Rit

___Mes ptits loups,
___cela fait un sacré moment que je ne suis pas venue par ici... Je ne me pardonnerais jamais de délaisser de temps à autre ce blog... Mon ordinateur ne me permettait plus vraiment de vous écrire tranquillou et publier était devenu un peu compliqué, mais je vous accorde que ce n'est pas une excuse valable. Désormais, je suis dotée d'un matériel ultra performant -ils sont vraiment cro géniaux ces ptits engins à la pomme...!- et je compte bien profiter de ce privilège pour vous écrire encore et encore et encore ! 


___Ca fait du bien de reprendre du service...

___Aujourd'hui parait en librairie Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ?, un conte pour enfant écrit par Nicolas Hénin et illustré par Pierre Torres, aux éditions Flammarion. Une question en guise de titre ; à l'époque où l'auteur construisait l'histoire, la réponse était atrocement en suspens.

___Nicolas et Pierre, reporters de guerre pour Le Point notamment, ont été enlevés le 22 juin 2013 au sud de la Syrie par un groupe djihadiste et furent libérés en avril 2014. A l'issue de cet éprouvante captivité de 11 mois est né l'album en question. Il s'agit de l'histoire d'un papa hérisson qui, pour nourrir sa famille, se glisse dans le panier de pique-nique d'une famille. Celle-ci ne le remarque pas et l'emporte. Le livre raconte alors les péripéties de ce papa hérisson qui tente tant bien que mal de rentrer à la maison. Un conte métaphorique qui fait écho à toutes les sortes de séparation que peut connaître un enfant.
___Au tout début, il s'agissait d'un jeu entre les otages : Nicolas, Pierre et David Haines, décapité en septembre dernier, jouaient à un jeu d'analogie animalière. Ils débattaient au sujet de l'animal qui leur irait le mieux, celui qu'ils voudraient être... Nicolas avait choisi le hérisson. Il a alors décidé d'écrire une petite histoire en imaginant ce qu'il raconterait à sa fille en rentrant. Il notait à l'époque les étapes du voyage du hérisson sur un emballage de Vache Qui Rit, l'ébauche de Papa hérisson rentrera-t-il a la maison ?. Puis un jour, Pierre, qui a consacré une part de ses études à la nature et en connait long sur les animaux, lui chuchote à l'oreille "tu sais Nicolas, le hérisson, il rentre toujours à la maison".

___Cette parution fait écho à Jihad Academy, l'autre ouvrage réalisé par Nicolas Hénin au sujet de son rapport au djihadistes. Il s'agit cette fois d'un essai, disponible depuis la semaine dernière en librairie. Pas question ici du récit de son histoire d'otage mais de son expérience, 10 ans de reportages entre l'Irak et la Syrie, ainsi que son point de vu sur l'implication de l'occident dans le chaos actuel. De quoi nous éclairer en cette période obscure, nous permettre de prendre du recul et d'entamer une réflexion, dernier outil pour venir à bout de ce chaos. 

Rendez-vous le 21 mars au Salon du Livre de Paris pour rencontrer Nicolas Hénin et échanger au sujet de Papa hérisson !



Affectueusement,
Lou.