dimanche 31 août 2014

ce Mur qui a détruit le mien

___Salut mes petits ratons,

___Il y a quelques mois, à l'occasion du festival littéraire L'Escale du Livre, j'ai rencontré l'homme dont l'ultime livre a bouleversé ma vision de la vie. Ces derniers temps, ça sent fort la nouvelle rentrée littéraire : bouquins à gogo sur les étalages, articles littéraires qui foisonnent sur les blogs, notifications à répétition à propos d'ouvrages par 20minutes... Je tenais à y mettre mon grain de sel et vous faire part de cette rencontre, une des plus émouvantes que j'ai pu faire.

___Par une belle journée d'avril, je me déplace innocemment à l'intérieur du cœur de l'Escale, puis me dirige vers une salle du conservatoire afin d'assister à un grand débat dont le titre me fait saliver d'avance, "la littérature face au mal". Au programme, une grande question : quels sont les liens qu'entretiennent la littérature et la part obscure de la nature humaine ? (Face à l’absurdité du monde et dans un contexte de transformation des valeurs morales et idéologiques, la littérature est plus que jamais nécessaire à la lutte contre la barbarie et l’oubli). 



___J'entre, toujours aussi innocente, dans cette magnifique salle dite Vitez, excitée aussi de prendre part à la vie littéraire contemporaine. Puis, les auteurs sollicités apparaissent sur scène. Ils sont six en tout. Une personne les interroge un à un, chacun parle de son dernier ouvrage et de son idée de la littérature face au mal. Ils sont six, mais je n'en vois qu'un. Ses mots sont justes, atrocement poignants, me touchent comme jamais. Sa voix est solide, tranche par rapport à celle des autres, et pourtant j'y aperçois les traces d'une mémoire douloureuse. La sincérité, aussi, m'étrangle. Jamais personne ne m'avait paru aussi captivant... Et j'ai l'impression d'étouffer lorsqu'il n'a plus la parole, que c'est un autre auteur qui s'exprime. "Vite, vite, rendez-lui donc le micro !",  tous ont l'air si vide, leurs discours si plats, je ne me nourrissais plus que des mots de cet auteur-ci. Cet homme, Sorj Chalandon
 

___Le lendemain matin a eu lieu la remise du prix des lecteurs de l'Escale. C'est Chalandon qui l'a reçu pour son dernier ouvrage, et je m'y suis bien sûr rendue. Avant d'entrer dans la salle, je suis allée faire un tour près des stands. Il n'y avait pas un chat, mais il y avait celui pour qui j'étais ici. Nous avons discuté, je suis repartie avec son livre, Le Quatrième Mur. Lors de la remise du prix, Chalandon a parlé de son livre, de son histoire. C'est un homme fort mais dont le cœur était abîmé par une mosaïque d'horreurs humaines que j'ai découvert. Reporteur de guerre pendant trente-quatre ans pour Libération, ses œuvres sont des alliages de sentiments bruts ressentis par l'homme, de faits de guerre réels, vécus, de paysages observés et de rencontres, mais de fiction aussi. En découle alors des textes incroyables, forts. 

___Le Quatrième Mur, c'est l'histoire d'une promesse sacrée d'un homme à son ami presque défunt. La promesse que lui, Georges, réaliserait le projet de Samuel après sa mort. La promesse qu'il monterait la pièce Antigone, de Jean Anouilh, à Beyrouth en 1982 tandis que la guerre civile fait rage et que tous s'entre-détruisent. La promesse que chaque personnage de la pièce viendrait d'un camp différent. La promesse d'un instant de trêve, de paix, de rêve au cœur de la haine qui les habitent, grâce au théâtre. C'est aussi l'histoire d'un homme qui se retrouve au milieu d'une guerre pour laquelle il s'éprend. Un homme qui ne parvient plus à accepter la paix de chez lui. Car, on parle souvent de l'horreur de la guerre elle-même, mais imagine-t-on ce que ressent un homme qui doit essuyer les larmes de sa fille, désespérée parce qu'il n'y a plus de Coca-Cola, tandis qu'à quelques heures d'avion il sait des milliers d'enfants mourir de soif à cause de la guerre ? Le retour à la paix... Manœuvre bien difficile. 


___à ne pas lire si vous souhaitez commencer le bouquin
Dans le Quatrième Mur, on se pose dans la peau d'un homme que la guerre dévore petit à petit, un homme qui, finalement, perd la capacité d'aimer. Un homme qui devient un mauvais père parce que son histoire l'a fait ainsi. Se poser dans la peau de cet homme, voir avec ses yeux et toucher avec ses mains. On vit ses actes comme lui les vit, on ne comprend pas forcément, lui-même ne comprend pas toujours. Mais on accepte. Parfois, selon les lectures... Pour ma part, j'ai accepté.

"Le personnage principal s'appelle Georges, et c'est aussi mon deuxième prénom. En fait, Georges, c'est celui que je serais devenu si je n'avais pas accepté de revenir en paix. Je fais dans cette oeuvre le deuil de cet homme-là."

" voyage au coeur de mon coeur 
blessé"

Je ne sais pas si les fervents lecteurs de Chalandon, ceux qui ont été bouleversés par le livre, ceux qui l'ont simplement lu et ceux encore qui n'en ont jamais entendu parler apprécieront mon approche de l'oeuvre ainsi que de l'homme. Vous restituer avec des mots justes ce qu'a été cette lecture et cette rencontre pour moi est un exercice assez périlleux mais... j'espère avoir été suffisamment exacte pour vous faire sentir ici toute la puissance qui émane de ce livre, de cet auteur, et la force avec laquelle elle m'a giflée. 

Affectueusement,
Lou. 

2 commentaires:

  1. Ta critique est à l'image de l'homme à la fois reporter de guerre et écrivain avec toutes ses émotions à fleur de peau. Bravo Lou. Je te recommande aussi ses deux romans sur l'IRA : Mon traite et Retour à Killybegs (Grand Prix du roman de l'Académie française en 2011). De la même force ! Bonne lecture and see you soon.
    Véro

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    1. Coucou Vero, désolée je n'ai pas eu l'occasion de répondre à ton mail... pleins de pb de connexion...
      Merci bcp pour ton commentaire ! J'ai lu Mon Traitre, mais je l'ai trouvé moins poignant. Je vais aller lire ta critique !
      A bientôt !
      Bisous

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