samedi 23 août 2014

gold to grow up

___Bonjour mes saucisses des îles !

___Aujourd'hui, je vais vous parler de quelque chose qui me tient a cœur, me touche (au sens figuré comme au sens propre d'ailleurs, hihihi). Il m'est finalement impossible de faire l'impasse sur lui, il m'est essentiel de vous le faire découvrir !

___Alors voilà. Il y a ceux qu'il débecte, ceux à qui il ne fait ni chaud ni froid, ceux encore qu'il fascine, ceux qu'il intrigue, ceux pour lesquels il constitue une coutume à part entière, ceux qui se distinguent de leur société grâce à lui... 
Si vous pensez au tatouage, vous vous fourrez le doigt dans l’œil (bien que cela m'intéresse aussi). Il sera question dans cet article d'un piercing, et plus précisément de l'anneau à la narine.

___Ce petit coquin a fait son apparition dans le monde de la mode il y a déjà quelques années. On a pu le retrouver sur la lumineuse Daria Werbory pour Isabel Marant, chez Givenchy porté au septum ou encore sur les top Bambi Northwood Blyth, Abbey Lee, Terra Juana... Ainsi, l'anneau nasal a gagné en popularité est s'est très largement démocratisé.


 de gauche à droite : Daria pour Isabel Marant a/w 2013-14, 
et deux mannequins portant des anneaux au septum pour Givenchy a/w 2012-13





 de gauche à droite : Terra Juana, Abbey Lee, Bambi Nothwood Blyth



___La mode, bien... mais vous vous doutez que cet anneau n'est pas né en 2012. En réalité, il puise ses racines bien loin de notre petite Europe. L'anneau nasal est en effet une coutume que pratiquent depuis plus de 500 ans les femmes indiennes, mais également les pakistanaises, les népalaises, les aborigènes d'Australie, et tant d'autres... A l'origine, et d'après le Véda (livre sacré hindou), la narine gauche était préférentiellement percée : la médecine ayurvedique l'associe aux organes génitaux féminins, y porter un piercing faciliterait ainsi l'enfantement. Outre les raisons scientifiques, ce piercing est aussi une façon d'honorer Parvati, la déesse du mariage, mais également le symbole que la jeune femme a trouvé son compagnon pour l'éternité (la veuve retire d'ailleurs son piercing en signe de respect pour le défunt). Il constitue alors la parure incontournable de la fiancée indienne lors du mariage et est, encore aujourd'hui, très populaire en Inde. En somme, le piercing de la narine détermine un moment précis de la vie de la jeune indienne, son passage de l'âge enfant à l'âge adulte




deux indiennes portant l'anneau nasal, 
celle de droite pour une cérémonie de mariage


___Puis, petit bon spacio-temporel, l'actrice française Pauline Polaire fait une apparition aux Etats-Unis en 1913 ornée d'un piercing à la narine. Ce dernier, un anneau orné de perles, aurait été adopté par l'actrice en hommage à la culture Zoulou. Il faudra pourtant attendre les années 60-70 pour que les communautés hippies importent complètement le piercing nasal en occident. L'avènement de la culture punk par la suite contribuera a la démocratisation des modifications corporelles et fera du piercing nasal un symbole de révolte et de rébellion sociale. 


Maintenant que j'ai éclairé les lanternes des plus curieux d'entre vous, fermons cette parenthèse culture et permettez-moi de vous raconter mon histoire... Car oui, moi aussi, ma narine gauche est orné d'un anneau ! Il m'a fallu exactement un an avant de sauter le pas, et voici presque deux mois que, ça y est, ma narine est percée. Retraçons ces quatorze mois ensemble.



___Par une chaude après-midi d’août, lors de l'été 2013, ma cousine parisienne me montre ses bijoux. Bagues, bracelets a gogo, mais aussi écarteurs (ou élargisseurs pour les plus pointilleux ;-)) et quelques faux piercing. L'un me fait de l'oeil : un petit anneau nasal argenté. Je m'empresse de l'essayer et là, énorme coup de cœur. Grosse surprise pour moi qui n'est pourtant pas encore dingo de modifications corporelles, et qui, soyons francs, ne raffole pas franchement des aiguilles... Juste histoire de rire, j'envoie une photo à ma maman qui me répond illico presto un petit hahaha, rêve ! sans appel.
___Puis j'oublie, à 16 ans je me dis que je suis bien trop jeune et que ça n'aurait aucun sens. Alors j'oublie. J'oublie plusieurs mois jusqu'à ce que je tombe sur une photo d'une petite indienne arborant un anneau a la narine gauche. Wow... Quelle est belle... Je cherche la photo que j'avais envoyée a ma maman l'été dernier et l'envie me reprend, très intense cette fois. Je laisse le temps passer afin de voir de quelle façon mûrira cette idée.
___Pendant plusieurs mois encore, je cherche des photos de jeunes filles au nez percé, je me renseigne sur les différents symboles et rôles qu'ont pu avoir cet anneau au cours du temps, je rêve, je fantasme et je m'imagine avec un bout d'or au nez. Je découvre la symbolique hindou du piercing, qui me touche profondément (cette culture elle-même, depuis petite, me fascine). Mon idée se consolide, la fleur devient un fruit, je suis sûre de moi, je passe le cap.
___Bon, franchement, ça fait mal, tu vas verser une larme comme tous les gros caïd qui se font percer le nez, c'est certain, me dit Romain au salon de Piercing, mais c'est vraiment l'histoire d'un dixième de secondes. On y va ? Bim bam boum, après avoir gentiment parlé de Métal et de la douleur bientôt ressentie, choisi ensemble l'endroit où serait fait le trou, Romain s'arme de son aiguille (au bout d'un machin-truc digne du musée de la torture, indescriptible !), s'approche de ma narine, me dit fermes les yeux, Lou, et perce. Crac. Aïe. aïe, aïe, aïe, aïe, mais putain aïe. Fini. Ouf... Vas-te regarder ! La fille dans le miroir a un joli anneau d'or au nez, son maquillage a bien coulé mais elle a l'air ravi ! Elle repart sur son petit vélo, le vent qui lui éclate au visage lui pique carrément le nez mais elle a l'air ravi.
___Et la douleur s'en va. Je n'ai plus eu mal du tout (mis à part quand mon bien-aimé m'embrassait du mauvais coté... outch, nez contre nez c'est pas cool), la cicatrisation est pour l'instant sans embûche bien que la route soit longue : il faut compter entre 6 et 9 mois !
___Les réactions ont été multiples : pendant les premiers jours, j'ai eu l'impression que le regard des gens dans la rue avait nettement changé, mais je pense surtout qu'il s'agissait d'un mauvais tour joué par mon petit cerveau un peu parano. Malgré tout, les mecs tatoués et percés me portent bien plus d'attention qu'avant, et ça c'est pas de la parano ! Mes amis, eux, ont majoritairement trouvé ça extra. Bah voui, il en faut bien un ou deux pour chuchoter mais pourquoi ? lorsque j'ai le dos tourné ;-) Mes parents ont tout de suite aimé, mes grands-parents en ont parfois ri, n'ont parfois rien dit, et n'ont d'autre fois pas vraiment compris. Mon amoureux, lui, adore adore adore !
___Enfin, croyez-le ou non, je me sens nettement plus vivante depuis ce 6 juillet... Et ça, c'est extraordinaire.





Je vous raconterais dans quelques années 
si j'ai eu mal lors d'un accouchement ;-)



Tendrement et piercinguement,

Lou.




___J'en profite pour faire une petite parenthèse également chère à mon cœur. Aujourd'hui, samedi 23 août, nous fêtons les 20 ans de GraceGrace, ce n'est pas une jolie créature entrée depuis peu dans la vie adulte,  sorry boys. Non, c'est un chef d'oeuvre publié en 1994 par mon Jeff Buckley tant adoré. Cet album a joué un rôle particulier dans ma petite vie, je me dois de lui rendre un micro hommage. A chaque écoute il résonne encore plus brûlant que jamais, inlassablement poignant. Si vous ne vous êtes encore jamais penché sur la délicieuse Grace, faites-le sans attendre en cliquant ici
Qu’avait-il de plus que les autres ? Cette singulière beauté propre aux tempéraments ténébreux, chantant comme une femme se jouant des octaves, entre urgence et abandon, jouant de la guitare avec plus de versatilité que de virtuosité.  Marc Bertin, + par là


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